Authentification

Cartes anciennes : comment savoir si une carte est originale ou un fac-similé

Technique d’impression, papier, cuvette, couleur et verso : les vérifications simples qui permettent de distinguer une carte ancienne originale d’une reproduction, avec une loupe et un peu de patience.

Antiga··7 min de lecture
Cartes anciennes : comment savoir si une carte est originale ou un fac-similé

On collectionne les cartes anciennes pour leur beauté, pour l’histoire qu’elles racontent et pour le lieu qu’elles représentent. Elles sont aussi très reproduites : fac-similés de qualité publiés au XXe siècle, estampes décoratives et copies numériques imprimées sur papier vieilli. La bonne nouvelle, c’est qu’un original laisse des traces qu’une reproduction imite rarement tout à fait. Avec une loupe grossissant dix fois et une bonne lumière, presque toutes les vérifications de ce guide peuvent se faire chez soi.

D’abord, la technique d’impression

Presque toutes les cartes anciennes ont été imprimées selon l’une de ces trois techniques, et chacune laisse une trace différente :

  • La gravure sur bois. C’est la technique de nombreuses cartes du XVIe siècle, comme celles de la Cosmographie et des éditions de Ptolémée de Sebastian Münster. L’encre se dépose sur les parties en relief du bois : les traits sont un peu plus épais et l’on sent parfois une légère pression dans le papier.
  • La taille-douce sur cuivre. Dominante du XVIIe au XIXe siècle. L’encre reste dans les tailles d’une plaque de cuivre et le papier est pressé fortement contre elle. On obtient des traits très fins et nets, avec une encre légèrement en relief.
  • La lithographie. Elle se répand au XIXe siècle. On imprime depuis une surface plane, sans tailles, et elle ne laisse pas de cuvette.

Les reproductions modernes sont presque toujours imprimées en offset ou en numérique. À la loupe, l’offset montre une trame de points réguliers, souvent en rosette, surtout dans les zones colorées. Un trait gravé, au contraire, est continu. Si, en grossissant un trait, vous voyez qu’il est fait de petits points, vous êtes devant une reproduction.

La cuvette

Une gravure sur cuivre laisse dans le papier le contour de la plaque, une cuvette en relief autour de la zone imprimée, visible en lumière rasante. C’est l’un des signes les plus fiables d’une taille-douce, avec deux nuances : les marges peuvent avoir été rognées et la cuvette supprimée, et certains fac-similés l’imitent par un gaufrage à sec. Ce ne doit donc jamais être le seul critère.

Le papier

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le papier européen était presque toujours du papier vergé : vu par transparence, il montre de fines lignes très rapprochées, les vergeures, et perpendiculairement d’autres plus espacées, les pontuseaux. Beaucoup de feuilles portent aussi un filigrane, la marque du moulin à papier. Le papier vélin, lisse et sans ces lignes, se généralise au XIXe siècle.

Le papier ancien de chiffon a de la main et une certaine souplesse. Avec le temps, il peut présenter des rousseurs, petites taches brunes, et un ton plus chaud sur les bords exposés à la lumière. Un papier uniformément jauni, avec un ton « vieilli » identique sur toute la feuille, est généralement une imitation.

La couleur

Pendant des siècles, les cartes étaient imprimées en noir et coloriées à la main à l’aquarelle, à l’époque ou plus tard. La couleur posée à la main pénètre dans les fibres du papier, peut légèrement déborder des traits et varie d’un exemplaire à l’autre. La couleur imprimée d’une reproduction reste en surface et, à la loupe, montre à nouveau la trame de points.

Une couleur moderne ne fait pas d’une carte un faux : beaucoup d’originaux ont été coloriés plus tard pour les rendre plus attrayants. Mais cela influe sur la valeur, et un bon vendeur doit préciser si la couleur est d’époque ou postérieure.

Le verso et le pli central

  • Texte au verso. Beaucoup de cartes issues de livres portent un texte imprimé au dos, comme celles de la Cosmographie de Münster. Un fac-similé a généralement un verso blanc.
  • Pli central. Les cartes d’atlas étaient pliées en deux pour être reliées. Un pli central, parfois avec des restes d’onglet ou des renforts, est normal et cohérent pour un original.
  • Numérotation et marges. Numéros de page ou de planche, restes de reliure et marges usées comme on l’attend d’un objet qui a servi.

Éditions, états et tirages postérieurs

Une même carte a pu être imprimée pendant des décennies à partir de la même plaque, parfois avec des modifications : une date mise à jour, un nouvel éditeur dans le cartouche ou une frontière corrigée. Les spécialistes appellent ces variantes des « états », et leur identification influe sur la valeur. Il existe aussi des tirages postérieurs réalisés avec les plaques originales ; ce sont des impressions authentiques, mais plus tardives que la première édition. Demandez au vendeur de quelle édition il s’agit et sur quoi repose sa datation.

Liste rapide avant d’acheter

  1. Regardez les traits à la loupe : sont-ils continus ou faits de points ?
  2. Cherchez la cuvette en lumière rasante.
  3. Examinez le papier par transparence : vergeures, filigrane.
  4. Vérifiez le verso : texte, pli central, restes de reliure.
  5. Demandez si la couleur est d’époque ou postérieure, et de quelle édition il s’agit.
  6. Demandez des photos de détail avec une échelle si vous achetez à distance.

Cartes anciennes au catalogue

Des cartes du XVIe au XIXe siècle, de Münster à Robert de Vaugondy, avec des photos de détail et la possibilité d’interroger le vendeur sur l’édition et l’état.

Voir les cartes anciennes →