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Gallé, Daum et Loetz : comment reconnaître un vase en verre Art nouveau original

Signatures, technique du camée, irisation, marque de pontil et usure de la base : comment distinguer un vase de Gallé, Daum, Loetz ou Schneider d’une reproduction moderne, et pourquoi tant de pièces de Bohême authentiques ne sont pas signées.

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Gallé, Daum et Loetz : comment reconnaître un vase en verre Art nouveau original

Entre 1890 et 1930, le verre d’art a connu l’une de ses plus belles époques. À Nancy, Émile Gallé et les frères Daum ont fait du vase un objet d’art. En Bohême, Loetz et ses voisins ont rempli l’Europe de verre irisé. Et dans les années vingt, Schneider et d’autres maisons françaises ont apporté la couleur à l’Art déco. Ce succès a un prix : peu de signatures ont été autant copiées. Voici les clés pour regarder un vase avec discernement.

Gallé : verre camée et signature intégrée

Émile Gallé (1846-1904) a travaillé à Nancy et fut l’une des figures centrales de l’École de Nancy. Sa technique la plus connue est le verre camée : plusieurs couches de verre de couleur superposées, dans lesquelles le décor — presque toujours des fleurs, des paysages ou des insectes — est obtenu en éliminant une partie des couches à l’acide et, pour les pièces les plus fines, en les gravant à la roue. En passant le doigt, on sent le relief de chaque couche.

Après sa mort en 1904, l’atelier a continué à produire jusqu’en 1936. Pendant un temps, les pièces portaient une petite étoile à côté de la signature, en signe de deuil. La plupart des vases de Gallé qui arrivent sur le marché proviennent de cette production en série, gravée à l’acide : ce sont des pièces authentiques et appréciées, quoique moins que les œuvres uniques de l’époque du fondateur.

  • La signature fait partie du décor : sur un camée authentique, la signature est en relief, réalisée avec les mêmes couches et le même acide que le motif. Une signature gravée à la pointe de diamant sur un décor générique doit éveiller les soupçons.
  • Reproductions modernes : depuis les années quatre-vingt-dix, on fabrique en Roumanie des vases dans le style de Gallé, signés « Gallé » et souvent accompagnés du mot « Tip » à côté de la signature, que l’on efface parfois pour les vendre comme anciens. Leur relief est plus plat, l’acide plus uniforme et les couleurs plus criardes.
  • L’épaisseur et le poids : les pièces d’époque ont des parois épaisses et sont lourdes. Beaucoup de copies sont plus légères.

Daum : la croix de Lorraine

La cristallerie Daum, elle aussi à Nancy, a développé sa propre production artistique à partir des années 1890 sous la direction des frères Auguste et Antonin Daum. Elle a travaillé le camée à l’acide, les émaux et les inclusions de couleur dans la masse du verre. Sa signature la plus courante est « Daum Nancy » accompagnée de la croix de Lorraine. L’entreprise est toujours en activité : il faut donc distinguer les pièces anciennes des modernes, signées autrement et souvent en pâte de cristal ou en cristal transparent aux formes actuelles.

Loetz et le verre irisé de Bohême

La verrerie Loetz, à Klostermühle (Bohême, aujourd’hui République tchèque), a acquis une renommée internationale vers 1900 grâce à son verre irisé aux reflets métalliques chatoyants. La plupart de ses pièces ne sont pas signées. Certaines, surtout celles destinées à l’exportation, portent la gravure « Loetz Austria ». C’est pourquoi l’attribution repose sur la forme, la couleur et le type de décor, en les comparant aux catalogues et aux modèles documentés de la manufacture.

D’autres verreries de Bohême de la même époque, comme Pallme-König, Kralik ou Rindskopf, ont produit un verre irisé semblable, lui aussi presque toujours non signé. D’où les descriptions prudentes que l’on rencontre souvent, comme « Loetz ou Kralik » : c’est une manière honnête de décrire une pièce dont la manufacture ne peut être établie avec certitude. Méfiez-vous d’une signature Loetz sur un verre à l’aspect neuf, et d’une irisation qui ressemble à une couche superficielle : dans le verre d’époque, l’irisation fait partie du verre et ne part pas au frottement.

Schneider et le verre Art déco

La Cristallerie Schneider, près de Paris, a produit dans les années vingt des vases aux couleurs intenses, avec des décors à l’acide ou des applications à chaud. Ses séries commerciales étaient signées « Le Verre Français » et « Charder », contraction de Charles Schneider. De la même époque datent les pièces de Degué ou des ateliers Muller Frères, à Lunéville. Deux exemples du catalogue : un vase signé Le Verre Français et un autre signé Charder.

Ce que dit la base

Retournez le vase. La base en dit long :

  • La marque de pontil : dans le verre soufflé, la tige qui tenait la pièce laisse une cicatrice sur la base, souvent polie. Sa présence indique un soufflage à la main, même si beaucoup de pièces modernes faites à la main en ont une aussi.
  • L’usure : un siècle d’usage laisse de fines rayures dans tous les sens, concentrées sur l’anneau qui touche la table. Des rayures parallèles et régulières, comme faites au papier de verre, trahissent généralement un vieillissement artificiel.
  • Étiquettes et numéros : certaines pièces conservent des étiquettes de magasin ou des numéros de modèle. Ils aident à les documenter, mais ils peuvent être ajoutés : ils ne constituent donc jamais une preuve suffisante.

Restaurations courantes

Examinez le bord du bout du doigt : un bord plus bas que la normale ou légèrement asymétrique peut indiquer qu’il a été poli pour faire disparaître une égrenure. Repérez aussi les perçages dans la base, car de nombreux vases ont été transformés en lampes. Ce ne sont pas des défauts cachés si le vendeur les signale, mais ils influent sur le prix. Un exemple de transparence : la fiche de ce vase de Bakalowits indique qu’il est restauré.

Liste rapide avant d’acheter

  1. Demandez des photos rapprochées de la signature en lumière rasante.
  2. Vérifiez que la signature fait partie du décor ou qu’elle est réalisée avec la technique de l’époque.
  3. Demandez une photo de la base : pontil et usure.
  4. Demandez la hauteur et le poids, et comparez-les avec des modèles documentés.
  5. Examinez le bord, les perçages et les restaurations déclarées.
  6. Méfiez-vous des prix très bas pour des signatures très connues.

Questions fréquentes

Un vase Loetz non signé peut-il être authentique ?

Oui, c’est même le cas le plus courant. La plupart des pièces de Loetz n’ont pas été signées. L’attribution se fait d’après la forme, la couleur et le décor.

Que signifie une étoile à côté de la signature de Gallé ?

Elle est associée aux pièces fabriquées peu après la mort d’Émile Gallé en 1904. Elle n’enlève rien à l’authenticité : ce sont des pièces du même atelier.

Comment nettoyer un vase en verre ancien ?

À la main, à l’eau tiède et au savon neutre, puis séché avec un chiffon doux. Jamais au lave-vaisselle, ni avec des changements brusques de température. Pour les pièces à monture métallique, nettoyez le verre sans mouiller la monture.

Verre Art nouveau et Art déco dans le catalogue

Vases de Gallé, verre irisé de Loetz et d’autres maisons de Bohême, Schneider et Degué. Vous pouvez demander au vendeur des photos de la signature et de la base avant d’acheter.

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